Temples grecs en Sicile

Ce séjour en Sicile, en avril 2025, fut comme déjà exprimé un enchantement. Textes et images relatifs à l’architecture normande en Sicile — ou tout au moins aux exemples notoires de l’influence normande dans l’île que sont la Chapelle palatine du Palais des Normands et le Palais de la Zisa à Palerme, ainsi que la Cathédrale de Monreale — sont déjà visibles ici. Capturées lors du même séjour, les traces de la Grande Grèce (Μεγάλη Ἑλλάς), colonies fondées entre le VIIIe et le Ve siècle avant JC, abondent sur le flanc ouest de l’île. Les temples de Sicile visibles sur les sites archéologiques de Ségeste, Selinonte et Agrigente, ont tout pour séduire l’œil du photographe de passage.

Temple, théâtre et sanctuaire de Ségeste

Site de Segeste, Sicile, avril 2025.

Le temple de Ségeste, de style dorique, fut construit à partir de -425 par les Elymes, un peuple probablement venu d’Anatolie après la guerre de Troie. D’apparence assez rustique, il semble n’avoir jamais été totalement achevé ; par ailleurs, sa vocation de lieu de culte pour une peuplade locale (même si venue d’ailleurs) et non pour des colons grecs (même s’il était dédié à la déesse grecque Héra), fait qu’il a échappé à la destruction de la part des Vandales à partir de 440 après JC, à l’opposé des temples de la cité voisine de Selinonte, ennemie de longue date de Ségeste.

À ce temple d’Héra, s’ajoute à Segeste un magnifique amphithéâtre hellénistique, daté du IIIe siècle avant JC. Il domine en majesté les plaines avoisinantes et, vers le nord-est, ouvre la vue sur la côte et la plaisante cité de Castellammare del Golfo.

Un sanctuaire du VIe siècle, de période archaïque donc, probablement consacré à Aphrodite, constitue le troisième vestige de ce site de Segeste, décidément très lié à la civilisation hellénistique. Là encore, depuis ce promontoire discret, au bout d’un chemin caillouteux, la vue sur les plaines alentour en direction du sud est saisissante.

Acropole de Selinonte

Acropole de Sélinonte, Sicile, avril 2025.

Autrefois cité majeure de la Magna Grecia, Selinonte, fondée vers -650 par des colons grecs venus de Mégara, à l’est de la Sicile, a prospéré pendant quatre siècles du fait à la fois de sa richesse en blé, de sa proximité avec les routes maritimes et de ses relation avec le monde phénicien. Elle a compté à son apogée plus 30 000 habitants. C’est alors que furent édifiés les temples dont les vestiges sont visibles aujourd’hui. Mais, en lice pour des questions de territoire avec sa voisine Ségeste, Sélinonte est totalement détruite en 409 avant JC par un général carthaginois au prénom prédestiné, Hannibal de Giscon.

Reconstruite, elle passe sous contrôle de Carthage jusqu’en -241, date à laquelle ses habitants la rasent de nouveau totalement, de peur qu’elle devienne sujette de Rome. Il semble qu’un séisme ait achevé la destruction de ses dix temples, au point que, en 1779, un décret de Ferdinand Ier, Roi des Deux-Siciles, interdise de faire de ces vestiges des carrières de pierres. Aujourd’hui, ces ruines impressionnent par leur splendeur autant que par le colossal désordre dont elles témoignent.

Architecture normande en Sicile

Ce séjour en Sicile, en avril 2025, fut un enchantement. D’abord par la magnificence des temples grecs — Ségeste, Agrigente, Selinonte — sur lesquels nous reviendrons vite ici par quelques images. Ensuite par les paysages et scènes de rues de cette île aux apparences contrastées, entre dénûement et exubérance. Mais aussi par les superbes réalisations de l’architecture normande en Sicile que sont la Chapelle palatine du Palais des Normands ou le Palais de la Zisa à Palerme, ainsi que la Cathédrale arabo-normande di Santa Maria Nuova à Monreale.

Convoitée dès l’Antiquité pour ses terres fertiles et sa position stratégique à proximité des côtes tunisiennes et italienne, la Sicile, point pivot du bassin méditerranéen, représente dans l’histoire un haut intérêt sur les plans économiques et diplomatiques.

Terre avancée de l’empire byzantin au VIIe siècle, conquise par les Arabo-musulmans venus de Tunisie en 976 au terme d’un siècle et demi d’offensives, la Sicile est aussi un territoire d’échanges, de brassage de peuples et de cultures. « Tout ensemble terre de contacts et objet de convoitises, la Sicile est le lieu d’épanouissement et le foyer de rayonnement de civilisations rivales » (Henri Bercher, Les Annales, 34-3, 1979, pp 525-547).

Au XIe siècle, des chevaliers normands issus de la lignée de Tancrède de Hauteville, lui-même originaire de la Manche (Hauteville-la-Guichard, entre Coutances, Périers et St-Lô, lui consacre aujourd’hui un musée sans qu’on sache si elle est vraiment le point de départ de cette lignée), partent à la conquête de l’Italie du sud. Ils se mettent d’abord au service de seigneurs lombards et visent très vite, talents de guerriers et actes de brigandage aidant, à conquérir leurs propres fiefs. Une offensive des troupes impériales, décidée par le pape Léon IX en 1053, tente de mettre fin à cette expansion normande. En vain : Léon IX est battu et les chevaliers normands, commandés par Robert de Hauteville dit Robert Guiscard et son frère Roger, achèvent la conquête de la Calabre, soumise en 1059.

Entre temps, la papauté, affaiblie notamment par le Schisme de 1054, avait décidé de reconnaître l’autorité des Normands et d’en faire des alliés. En 1059, Robert Guiscard est ainsi fait duc d’Apulie, de Calabre et de Sicile. En échange, charge à lui et à ses hommes de latiniser les terres conquises, ce qui leur ouvre d’immenses perspectives en termes de prise de pouvoir sur l’ensemble de ces territoires, appui du Saint-Siège aidant.

En 1061, les frères Robert et Roger de Hauteville traversent le détroit de Messine avec 1000 hommes. Roger arrache la Sicile des mains des Fatimides. Devenu Roger Ier de Sicile, il fonde en 1071 le comté de Sicile ou Gran Contea, un royaume normand multiethnique sous investiture papale, qui comprend la Sicile et l’île de Malte.

Roger II de Sicile, fils de Roger Ier, né en 1095, fonde le royaume normand de Sicile en 1130. Il unifie ainsi toutes les conquêtes des Normands en Sicile et en Ifriqya (Tunisie) sous une même couronne. Il s’agit là encore d’un royaume multiethnique, au fonctionnement centralisé et aux visées expansionnistes assumées.

Bien que ne cessant de guerroyer partout en Méditerranée, contre les musulmans (en actuelle Libye, Tunisie, Algérie) ou contre les Byzantins (en Grèce et à Constantinople même), Roger II installe en Sicile un mode de gouvernance reposant sur un brassage unique des cultures, et fait de la Sicile une plateforme de tolérance.

C’est dans ce contexte que furent bâties, entre 1130 et 1140, la Chapelle palatine du Palais des Normands, à Palerme et, à partir de 1172, la Cattedrale di Santa Maria Nuova, à Monreale. 

Ces deux sites sont inscrits au Patrimoine Mondial de l’Unesco en 2015 au même titre que la Cathédrale de Cefalù. Cette distinction, honorant la « Palerme arabo-normande et les cathédrales de Cefalú et Monreale« , avait été présentée comme la démonstration de l’existence d’un « syncrétisme socio-culturel entre les cultures occidentales, islamique et byzantine de l’île » et « de la coexistence fructueuse de peuples d’origines et de religions diverses (musulmanes, byzantines, latines, juives, lombardes et françaises) ». Tout un programme, qui n’est plus vraiment de mise aujourd’hui.

Chapelle palatine du Palazzio dei Normani, à Palerme

Chapelle palatine, Palais des Nornands, Palerme, avril 2025.

Chef d’œuvre emblématique du style arabo-normand, la Chapelle palatine du Palais des Normands, à Palerme se signale particulièrement par la multiplicité des influences, romane, byzantine et arabe, qui ont nourri son édification. Nul ne peut rester insensible devant la splendeur de son ornementation, associant peintures, mosaïques dorées, boiseries, baignées de cette lumière sicilienne à la fois dense et saturée.

Cathédrale de Monreale

Cathédrale arabo-normande de Monreale, Sicile, avril 2025.

La construction de la Cattedrale di Santa Maria Nuova, à Monreale, débute en 1172 à l’instigation de Guillaume II le Bon, petit-fils de Roger II de Sicile. Quatre années de chantier suffisent à l’édification du gros œuvre de ce qui devait être un monastère et qui deviendra cathédrale, dans une logique de légitimation du pouvoir de la dynastie des Hauteville sur un territoire encore à majorité musulmane

L’influence normande s’y retrouve dans la conception générale, dans la volumétrie de l’abside et dans les arches en ogives et les arcatures aveugles entrecroisées qui décorent les murs extérieurs de l’édifice. Le style byzantin transparait quant à lui surtout dans l’ornementation intérieure : marbre au sol et aux murs comme à San-Marco de Venise et, surtout, mosaïques sur fond d’or, qui couvrent plusieurs milliers de mètres carrés sur l’ensemble de l’édifice. Quelques traits d’influence arabe se perçoivent dans des éléments de décors et les placages muraux de cette cathédrale, mais aussi dans la forme en volute des arcatures internes.

Le Christ Pantocrator, « tout puissant », est ici représenté en majesté, dans une posture hiératique comme il convient, au centre de l’abside, au-dessus du maître-autel et au sommet d’une impressionnante voûte en « cul-de-four ». Fièrement dressé, d’une taille imposante, il bénit la foule qui le contemple plusieurs mètres en-dessous. Il n’a rien du personnage abattu par les souffrances du monde terrestre que l’on verra représenté plus tardivement (et plus au nord en Europe) dans différents épisodes de la Passion du Christ — Crucifixions, Descentes de croix, Pietà ou autres Mises au tombeau.

Ici, l’or des mosaïques éclate de toute part, apportant une vision saisissante de contraste et de détail. Ces mosaïques ne sont pas seulement en hauteur, mais aussi partout au sol, sous les pieds des milliers de visiteurs qui viennent admirer ce site d’intérêt culturel et patrimonial majeur.

Cloître de la Cathédrale de Monreale

Cathédrale arabo-normande de Monreale, Sicile, avril 2025.

Le cloître de la cathédrale de Monreale, édifié entre 1174 et 1185, est aujourd’hui le seul vestige intact des bâtiments monastiques. Parfait carré de 47 m de côté, il est constitué, pour chacune de ses quatre ailes, de vingt-six chapiteaux d’ordre corinthien, supportant des arcades ogivales d’inspiration arabe, le tout porté par de fabuleuses doubles colonnes décorées de mosaïques. Il en ressort, à la fois une indéniable expression d’unité généré par le croisement d’influences pourtant culturellement éloignées, mais aussi un relatif mystère quant la signification des sculptures des chapiteaux, qui offrent un niveau de détail impressionnant. Un mémoire de master 2 soutenu en 2013 à l’école du Louvre par Louise-Elisabeth Queyrel évoque ainsi cette question : « Bien que l’existence d’un programme dans le cloître de Monreale semble difficile à établir, du fait de la diversité iconographique et stylistique des représentations, ne peut-on considérer la figure du roi comme un dénominateur commun ?« 

Libre à chacun de déceler la figure de Guillaume II le Bon dans ces sculptures.

Palais de la Zisa

Palais de la Zisa, Palerme, avril 2025.

Je dispose de très peu d’images de ce témoin de l’architecture civile arabo-normande, construit à partir de 1164 pour Guillaume Ier Le Mauvais. Cet édifice abrite aujourd’hui un musée d’art islamique, ce qui correspond pleinement à sa réalité historique, si on considère, comme il est signalé dans Wikipedia, que, dans ce palais de la Zisa, « les rois normands, bien que princes chrétiens, vivent complètement à l’orientale, se comportant comme de véritables princes arabes, dans le cérémonial jusque dans leurs vêtements et parures et ainsi que dans leur mode de vie, attitude que nombre de personnes et d’hommes d’Église ne manquèrent pas de critiquer ». Le palais de la Zisa fait partie de l’ensemble de la Palerme arabo-normande déjà cité, bénéficiant du classement de 2015 au Patrimoine mondial de l’Unesco.

cycliste avec un chapeau traditionnel devant une rizière, Vietnam

Vallée des nuages, Vietnam 2018

Lors d’un séjour de plusieurs semaines en Asie du sud-est à l’été 2018, j’avais été marqué par une étape de deux jours au cœur d’un village situé à environ 150 km à l’ouest / nord-ouest de Hanoï, partiellement peuplée par les représentants d’un groupe ethnique à l’identité culturelle forte, les Mường. Une région dont les paysages fastueux, d’un vert entêtant, ainsi que la nébulosité constamment dense en cette fin d’été, rappellent à chaque instant l’appellation de la Vallée des nuages toute proche.

Temples d’Angkor, Cambodge, 2018

Figurant parmi les sites touristiques les plus connus – et courus – au monde, Angkor est également, en toute logique l’un des plus photographiés. Si la gageure est d’obtenir des clichés sans touristes s’invitant dans la composition, force est de reconnaître que certains visages, de chair ou de pierre, apportent une présence réelle.

Plans des Ports et Rades de la Méditerranée

Alors bien sûr il peut paraître singulier de trouver dans ces « Retours en images » des reproductions photographiques d’un pareil ouvrage.

Il s’agit, texto, d’un « Recueil de 163 des principaux Plans des Ports et Rades de la Méditerranée, dont 40 ont été dernièrement publiés par Jean Joseph Allezard ancien Capitaine de marine et plus des 16 meilleurs Capitaines Anglais.” Le tout, « À Livourne, 1833 chez Joseph Gamba. Gravés par Aliprandi. »

Cadeau d’une personne très chère, qui l’a sauvé d’une perte certaine, ce guide de pilote, utile pour des atterrissages mais non pour de longues navigations, atteste d’un usage intense et de longue durée vu son état. 

Gravé sur cuivre, relié de basane brune, ce recueil In-8° comprend un frontispice coloré affichant, par pays, « les Pavillons qu’on arbore sur les Bâtiments de Guerre et Marchands en 1833 ».

Sur les cartes, les noms de lieux suivent une logique orthographique singulière : “Cadiz, Gibraltar, Malaga, Almerie, Alicant, Fromentiere, Palme, Alcudia & Poyance, Sofa, Barcelone, Rose & Figuière, Cette, Bouc, La Ciotat, Marseille, Toulon, Hieres, Antibe”.

Certainement affecté à quelque enfant du Pirée devenu capitaine de marine marchande, souhaitons que ce guide n’ait été la cause de nul échouage. En effet, les côtes y sont décrites à grands traits, selon des échelles variables (tantôt en lieues tantôt en toises) et avec une force d’évocation singulière dans les descriptifs : « Lieux où il n’y a point d’eau, le fond est d’herbe et vaze » ; « Ces côtes sont de moyenne hauteur » ; « Ici on ne trouve point de fond« . À la bonne heure. On embarque ?

Printemps agile 2022 : des photographies

Que nous montrent ces images liées au Printemps Agile, organisé à Caen en 2022 ? Reportage photographique réalisé pour le Club agile normand, ou l’image comme témoin d’une approche décloisonnée du management.

Goalmari, Bangladesh, octobre 2012

En marge d’un voyage au Bangladesh effectué en octobre 2012 pour Veolia sur le thème du Social Business, ces images ont été prises à Goalmari. Soit un village du delta du Gange qui endure de multiples peines : mousson, inondations, sous-sol pollué à l’arsenic… Ce lieu est aussi celui d’un projet pilote pour la mise en œuvre du principe du Social Business conçu par Mohamed Yunus et, ici, revu par Veolia.