« Cette carte multicolore représente un espace vécu (…) avec une forte place accordée aux trames vertes (Prairie, jardin des plantes) et aux trames bleues (bassin Saint-Pierre, Orne, Canal). Une légende élaborée la guide : lieux de sport (rugby, gym, poney), transports urbain (ligne rose du tramway), lieux d’acquisition des savoirs (Université, lycée Charles de Gaulle, lycée Malherbe, école Henri Brunet), lieux patrimoniaux (en marron: château, abbaye aux Dames, abbaye aux Hommes, église Saint-Pierre), lieux de culture (musées, bibliothèque, théâtre), et des catégories présentées de manière plus ludique : «un peu de vert» et «de l’eau ! (salée si possible) > la mer». Cette personne habite entre le château et l’église Saint-Jean, («mon lieu d’habitat» en légende). Les déplacements se font en grande partie sur des espaces piétons ; ils sont indiqués en jaune «itinéraires familiers». Cette carte fait donc ressortir un territoire continu avec des parcours linéaires, structurés en réseau, tout autour du logement. » [Texte de Jean-Marc Fournier extrait de l’article original]
Surprise que de découvrir, près de trois ans après, une carte tracée de mes mains, dans une publication de l’Atlas social de Caen, par le géographe Jean-Marc Fournier, attaché à la Maison de la Recherche en Sciences Humaines (MRSH) de l’Université de Caen.
J’avais en effet pris part avec enthousiasme, en avril 2023, à une expérience de recherche participative associant visite du quartier de la Presqu’Île, présentation de la démarche scientifique reliée à l’Atlas social de Caen, et expérience de production graphique en temps collectif autour de la notion de carte mentale – feuilles A3 et nécessaire de dessin fournis cela va de soi.
Il en était résulté une représentation assez personnelle et pour tout dire relativement auto-centrée du centre-ville de Caen, mettant notamment en avant des « itinéraires familiers », presque tous piétons, tissant autour de mon logement un territoire continu, constitué en réseau retraçant les déplacements du quotidien. Ces flux se mêlent à des destinations parfois plus excentrées, liées notamment à des installations sportives fréquentées « par procuration » (le terrain de rugby pour mon fils, le club de gym pour ma fille) ou à des échappées hors cadre, vers la mer notamment, lieu passionnel par excellence.
Une carte très personnelle donc, constellée de « lieux patrimoniaux », de « lieux d’acquisition de savoirs », de « lieux de culture » mais aussi, tropisme paysager et géographique oblige, s’attachant à une certaine recherche de véracité dans le positionnement spatial des bâtiments, dans l’orientation des axes de circulation et des tracés de transports urbains, ainsi que dans les échelles de représentation des différents lieux couchés sur le papier.
Cette carte figure aujourd’hui dans l’Atlas social de Caen (planche de Jean-Marc Fournier, laboratoire ESO), parmi les 63 cartes mentales collectées sur l’ensemble de cette démarche, organisée notamment au Dôme, lieu emblématique du dialogue entre science et société dans l’agglomération caennaise. Recherche qui a donné lieu en octobre 2024 à une publication dont les références figurent en bas de cet article.
Je retiens de cette expérience — outre le plaisir de voir que cette production graphique, pourtant très perfectible, a été retenue par l’auteur pour l’article web marquant la sortie de la publication scientifique — la conviction renforcée selon laquelle un diagnostic de territoire gagne à intégrer ce que les habitants pratiquent, relient ou ignorent, au-delà de l’analyse des seuls flux et périmètres, urbains en l’occurence. Le principe de l’appropriation de l’espace apparaît résolument comme une problématique centrale pour la géographie sociale, pour reprendre le titre d’un chapitre d’ouvrage de Fabrice Ripoll et Vincent Veschambre paru en 2006 aux Presses Universitaires de Rennes.
Riche de la valeur accordée à la recherche participative, la carte mentale se pose ainsi comme un vrai moyen de représentation du territoire et, oserai-je affirmer, de l’espace vécu au sens du regretté Armand Frémont : une référence académique familière à quiconque réfléchit à des stratégies territoriales, surtout à Caen, lieu de naissance de la géographie sociale promue il y a quelques décennies par Armand Frémont et certains de ses éminents confrères, Robert Hérin notamment, depuis le lieu universitaire d’où s’exprime aujourd’hui Jean-Marc Fournier. Merci à lui pour cette expérience, pour le partage qu’il en a fait et pour la continuité académique qu’il offre à cette notion d’espace vécu qui m’est particulièrement chère.
Jean-Marc Fournier, 2024 : « Caen vu par des cartes mentales géographiques d’habitants: une diversité de représentations », in Atlas Social de Caen, ISSN : 2779-654X, mis à jour le : 24/10/2024, URL : https://atlas-social-de-caen.fr:443/index.php?id=1292, DOI : https://doi.org/10.48649/asdc.1292.